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Début juin j'étais convoquée chez le notaire l'acte de vente était prêt pour la signature. Le dossier de prêt était complet et les finances seraient débloquées le jour même. A mon retour au domaine, le soir, après avoir traîné un peu en ville, j’avais eu droit à l'accueil souriant d'Abel.
- Te voilà la patronne maintenant ! Ca s'arrose !
- On verra ça plus tard, tu veux bien...
- Ca c'est moins sûr !
Abel avait organisé une soirée surprise avec l'aide de Rémy. Luc et Léa étaient au salon, notre maître de chai aussi, visiblement Francine attendait beaucoup de monde, tout cela me semblait bien solennel. Il y avait des choses qui attendaient sur la table, cachées par un grand linge blanc. J'entendais des voitures faire crisser le gravillon de l'allée.
- Que se passe-t-il ici ?
- Tu vas voir… Attends un peu m'avait dit Abel
J'essayais de soutirer quelques informations à Francine qui prétendait ne pas être au courant. Rémy faisait l'ignorant, Léa et Luc était bien en peine de me dire quoique ce soit, ils étaient invités c'est tout ! C'était un véritable complot du silence ! Le grand salon s'emplissait peu à peu, je ne comprenais toujours pas. Après le brouhaha des personnes qui se saluaient, se reconnaissaient un grand calme s'installa dans la pièce. Il y avait là quelques inconnus, quelques amis et des membres de la famille.
- Mesdames, Messieurs, dit Abel en prenant la parole et troublant le silence qui avait fait place au tumulte,
- J'ai souhaité vous réunir aujourd'hui pour deux raisons : célébrer une naissance et fêter, si je puis dire, une promotion.
En prenant mille précautions, avec l'aide de Rémy, Abel enlevait le drap découvrant un grand buffet et un nombre impressionnant de bouteilles de vin blanc et, d'où j'étais, je n'en reconnaissais pas l'étiquette.
- La naissance que je souhaite célébrer avec vous est celle du "Blanc givré, Tan de Tarnessac".
Non, il ne blaguait pas ! Il avait organisé toute l'affaire avec Rémy sans rien me dire, tout le personnel semblait être dans la confidence et je n'avais rien deviné ! Abel continuait son discours,
- Vin créé par notre nouvelle patronne Tan de Tarnessac ! Deuxième raison de cette réunion.
Après un feu nourri d'applaudissements, chacun réclamait un discours auquel je ne pouvais, raisonnablement échapper.
- Cette soirée est le fruit de connivences, de secret bien gardés, que je découvre en même temps que vous. Je crois qu'Abel est l'instigateur de tout ceci, avec, je n'en doute plus maintenant la complicité active de Rémy, mon secrétaire... Sans parler de Francine qui a du vous préparer un excellent buffet.
Francine, le maître de chai, Rémy et bien évidemment Abel faisait le service. Quand enfin, tout le monde fut servi, Abel m'apporta un verre de Blanc givré.
- Goûtons ! Dis-je en levant mon verre.
Un murmure de surprise se fit entendre, j'étais moi-même stupéfaite, c'était un vin jeune, pourtant il avait déjà de la couleur, je découvrais un nouveau goût, fruité, ensoleillé, un peu fumé... Luc et Léa se sont approchés de moi :
- Félicitations ! Ton vin est surprenant mais excellent !
- Je le goûte en même temps que vous, c'est Abel qui s'est occupé de tout !
- Ce n'est pas ce qu'il nous a dit ! Et puis, bravo ! Te voilà à la tête du domaine !
- Oui, depuis peu, j'ai signé cet après midi... Abel a bien tout combiné, je suis sûre qu'il a eu beaucoup de complices...
- Tan ! Pal mal ton vin me dit Joss en m'embrassant... Mais si j'avais réalisé que tu devenais majoritaire, je ne t'aurais pas permis d'acheter les parts d'Eric, ajouta-t-il en riant...
Je ne savais pas trop s'il était sérieux ou s'il blaguait, à mes sourcils qui se fronçaient il me dit :
- Je blague, je n'ai pas la mémoire si courte !
La soirée fut animée jusque tard dans la nuit. Luc et Léa en partant m'avait dit qu'ils m'attendaient, que la maison des dunes m'était réservée...
Juin était merveilleux, la chaleur n'était pas accablante et les nuits douces. J'avais décidé de faire une randonnée du côté du Verdelet un dimanche, pour me sortir un peu des vignes familiales, mais Abel en avait décidé autrement, il avait réuni tout le personnel pour une journée pique-nique aux bords d'un étang privé dont une partie était réservé à la pêche l'autre à la baignade. Tout le monde sentait la fatigue de l'année. Abel pensait qu'une journée de détente loin du travail nous ferait à tous beaucoup de bien, et que c'était une occasion aussi d'inviter, conjoints et enfants. Il avait eu raison, cette escapade avant les vacances avait été particulièrement appréciée.
Rémy partait un mois, à cheval sur juillet et août, moi je partais début juillet pour ne revenir que début septembre. Ces dernier temps Rémy était grognon, je ne l'avais jamais vu comme cela, j'en discutais avec Abel.
- Il est amoureux !
- Et alors ! Ce n'est pas une raison !
- Si ! C'est de toi dont il est amoureux !
- Ne dis pas n'importe quoi !
- Voyons cela se voit comme le nez au milieu de la figure ! Il n'y a que toi pour ne rien remarquer ! J'ai déjà essayé de te le dire...
Non, sincèrement, je n'avais rien vu, rien deviné, et la situation maintenant me gênait. Rémy était gentil, serviable, toujours aux petits soins, devançant même parfois mes besoins. Mais il n'était pour moi qu'un secrétaire, efficace certes, mais qu'un secrétaire. En plus, j'avais horreur de mélanger affaire de cœur et travail.
- Tu sais, il te seconderait bien au domaine...
- Hé ! Tu es bien rapide en besogne toi ! Ne me marie pas si vite !
- Si tu veux le voir heureux, invite-le un week-end au Moulleau...
- T'es pas bien ! Et puis quoi encore !
Mais l'idée d'Abel avait fait son chemin et avant de partir j'avais proposé à Rémy de venir séjourner au Moulleau le week-end précédent le 14 juillet. Abel avait eu raison, Rémy était ravi et jusqu'à mon départ ses airs maussades et ses mauvaises humeurs avaient disparu.
Luc avait appelé pour me dire à nouveau que la maison des dunes m'attendait, qu'il faisait un temps magnifique sur le Bassin, que les touristes arrivaient déjà.... J'hésitais, au domaine il y avait toujours du travail et depuis l'arrivée de Rémy j'en faisais de moins en moins. J'avais scrupule de laisser Abel tout seul. Mais c'est lui qui chaque année me poussait hors du domaine.
- L'été c'est calme, me disait-il toujours ! Pars, sors, rencontre du monde !
à suivre...
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